Chambre syndicale française des Négociants et Experts en Philatélie

Le coup de coeur de la C.N.E.P., en partenariat avec Timbres Magazine

En partenariat avec Timbres Magazine, les négociants membres de la C.N.E.P. nous présentent les pièces hors normes qu’ils ont la chance de voir passer entre leurs mains. Ce mois-ci, Gérard de Morant (co-dirigeant des Editions de Philatélie Culturelle AV) met en avant un document unique : l’enveloppe Libération de Paris (référencée à la page 1074 du catalogue Yvert et Tellier 2018)… avec la dédicace de Henry Tanguy, alias Rol-Tanguy, chef des F. F.I. (Forces Françaises de l’Intérieur) de la région parisienne.

On le sait : à l’été 1944, la conquête de Paris ne fait pas partie des priorités des armées alliées. « La ville n’avait plus aucune signification tactique. En dépit de sa gloire historique, Paris ne représentait qu’une tache d’encre sur nos cartes ; il fallait l’éviter dans notre marche vers le Rhin » écrit ainsi le général Bradley dans ses mémoires. C’est l’impatience des Parisiens qui va forcer le commandement américain à modifier ses plans. En effet, dès le 10 août, les cheminots se mettent spontanément en grève, suivis les jours suivants par les employés du métro, la gendarmerie, la police et les postiers. La grève devient générale le 18 août et, le même jour, Rol-Tanguy, le responsable régional des F.F.I. pour l’Ile-de-France, fait apposer les affiches d’appel à la mobilisation des Parisiens et au déclenchement de l’insurrection.

« Le rapport de force est alors très défavorable à la Résistance. » souligne Gérard de Morant. « Les quelques 20 000 F.F.I. parisiens ne disposent que d’environ 600 armes et seuls 1 750 des F.F.I. d’Ile-de-France (sur 60 000) sont armés. En face, les forces d’occupation comptent 50 000 hommes et sont suréquipées. Dans ce contexte, impossible pour les Résistants de tenir longtemps les positions qu’ils ont réussi à conquérir, telles que l’Hôtel de Ville et la Préfecture de Police. L’intervention des Alliés est indispensable. » Les renforts, cependant, ne sont pas facile à obtenir. C’est le général Leclerc qui, à la tête de la 2e Division Blindée française, finit par forcer la main aux Américains en donnant de lui-même à ses troupes l’ordre de marcher sur Paris, à la grande fureur de son supérieur hiérarchique, le général Gerow, qui considère cet acte comme une insubordination.

Grâce à l’arrivée d’effectifs de la 2e D.B., commandée par le Capitaine Dronne et composée principalement de réfugiés républicains espagnols antifranquistes (« La Nueve »), les Allemands sont rapidement mis en échec. Le général von Scholtitz, commandant du Gross Paris, refuse de suivre l’ordre d’Hitler de détruire la capitale et, le 25 août, signe l’acte de reddition, en présence de Leclerc, de Gaulle, Chaban-Delmas… et de Rol-Tanguy. « Celui-ci a raturé de sa main l’acte en apposant son nom en sa qualité de commandant des F.F.I., ignorés dans le texte. » rappelle, amusé, Gérard de Morant. « Ce geste a provoqué la colère du général de Gaulle… qui le fera néanmoins compagnon de la Libération le 18 juin 1945. »

De cette histoire mouvementée nous restent aujourd’hui un certain nombre de documents philatéliques : « En raison de la grève générale, les F.F.I. de Paris ont dû pallier à l’absence de tout service postal en acheminant eux-mêmes à l’aide d’estafettes la correspondance militaire et administrative, du 19 au 26 août 1944. » indique Gérard de Morant. « Les enveloppes étaient affranchies d’un timbre Pétain à 1 f.50 surchargé d’une épaisse croix de Lorraine, d’un cachet à date rond « Poste spéciale FFI » et d’une vignette bleue, pouvant être assimilée à un timbre de franchise postale, sur laquelle figurait le portrait du général de Gaulle et le sigle M.L.N. (pour Mouvement de Libération Nationale). Pour des raisons de sécurité, les adresses étaient codées, dans le but évident de brouiller les pistes et de ne pas dévoiler les véritables destinataires. Par exemple, Transports Routiers Généraux signifiait en réalité Trésorerie générale ! »

La Libération de Paris n’ayant pris qu’une semaine, le courrier ayant réellement circulé est rare. En revanche, les enveloppes non utilisées sont courantes : le stock restant a en effet été vendu entre 500 et 600 anciens francs pièce, les lettres du 26 août ayant été surchargées d’une griffe noire « Paris Libéré ». « Dans ce contexte, ce que recherchent les collectionneurs, ce sont les lettres dédicacées par des personnages ayant participé aux événements. Concernant Rol-Tanguy, on n’en connaît qu’une seule, celle qui fait l’objet de cet article. » confie Gérard de Morant. « Le texte en lui-même est d’ailleurs un très bel hommage à la philatélie. On lit ainsi : « Le souvenir de la Résistance et de la Libération se perpétue aussi par les timbres et par ceux qui comme Edouard Durand les collectionnent et les exposent et font ainsi bien connaître cette période de notre histoire nationale. »


Gérard de Morant, co-dirigeant des Editions de Philatélie Culturelle AV, est également concepteur de l’album encyclopédique des timbres de France, membre du conseil d’administration de la C.N.E.P., membre du comité de rédaction du catalogue Yvert et Tellier et conseiller en pré-expertise de l’A.C.T.L., en qualité d’historien philatélique de la Seconde guerre mondiale et de la Libération.

Editions AV, 6 rue du Chalet, 92600 Asnières. Tél. : 01 47 93 61 16. E-mail : avoacp@wanadoo.fr. Site Internet : www.avoacp.com

By | 2018-02-14T20:43:16+00:00 janvier 25th, 2018|Blog & Actus, Toutes les actualités|0 Comments