Chambre syndicale française des Négociants et Experts en Philatélie

L’incroyable histoire des Triquerat, les premiers timbres de Nouvelle-Calédonie

En partenariat avec Timbres Magazine, les négociants membres de la C.N.E.P. nous présentent les pièces hors normes qu’ils ont la chance de voir passer entre leurs mains. Ce mois-ci, Alexis GERBER, dirigeant de A. GERBER Philatélie présente un bloc de 4 exemplaires neufs coin de feuille du premier timbre émis par la Nouvelle-Calédonie : le fameux Triquerat !

Incroyable histoire que celle de la première émission de Nouvelle-Calédonie ! Ces timbres, émis localement, furent jugés tellement inesthétiques par les philatélistes métropolitains lorsqu’ils les découvrirent, qu’ils crurent à un canular et refusèrent de les inclure dans leurs collections. “On peut comprendre leurs doutes.” souligne Alexis Gerber. “Les timbres, censés représenter Napoléon III, semblent être l’oeuvre d’un enfant : le dessin est approximatif et chaque figurine est différente de sa voisine. Parfois, la barbiche de l’empereur est trop longue, parfois, son front est trop bas. Par ailleurs, aucune case n’a la même dimension et on a oublié, entre chacune d’elles, de prévoir une marge blanche pour faciliter la découpe.” Toutefois, les apparences sont trompeuses : rien de plus officiel, en effet, que ces timbres. Leur existence est attestée par un arrêté du 4 août 1859, créant un service postal intérieur. On peut y lire : “Les lettres seront affranchies au moyen d’un timbre de 10 centimes, fabriqué spécialement pour cet usage, dans la colonie même ; l’ordre est donné au directeur de l’imprimerie à avoir dans le plus bref délai à lithographier ces timbres.”

Comment, dans ce contexte, expliquer l’amateurisme de cette émission ? “Il faut imaginer ce qu’était Port-de-France, la future Nouméa, en 1859.” explique Alexis Gerber. “La ville n’a été fondée que cinq ans plus tôt, par les premières forces d’occupation menées par le contre-amiral Febvrier-Despointes ayant pris possession de l’île au nom de la France. L’administration censée représenter la métropole n’existe alors qu’à l’état embryonnaire et les premiers colons installés à l’intérieur de l’île sont en butte à l’hostilité des Mélanésiens. Ainsi le journal local, le Moniteur Impérial, annonce-t-il à la date du 26 novembre 1859 qu’un service funéraire serait célébré pour le repos de l’âme de Théodore Capran, Français massacré et mangé le mois précédent par les chefs de Tawé et Hyenguene…” Quant à l’organisation postale créée par l’arrêté du 4 août, elle se résume en réalité à un service de deux porteurs assurant la liaison entre Port-au-France et Kanala (une bourgade opposée sur la côte opposée de l’île), les deux hommes se rencontrant à mi-chemin pour s’échanger les lettres.

On comprend, dans ces circonstances, que le choix des prestataires pour la réalisation des timbres ait été restreint.Pour ce qui est de l’impression, seul le Moniteur Impérial possède un semblant de matériel d’impression, à savoir des pierres lithographiques sur lesquelles l’unique feuille du journal est tirée à la main. On fait donc appel à ses services.” indique Alexis Gerber. “Pour ce qui est du dessin des timbres, on s’adjoint les services d’un artiste en herbe, sergent de l’infanterie de marine de profession, et répondant au nom de Triquerat. L’homme ne compte à son actif qu’une seule oeuvre (une marine représentant les trois cases de la rade de Port-de-France) et n’a malheureusement pas le savoir-faire nécessaire pour dessiner, à main levée, des portraits de Napoléon III.” C’est ainsi que voit le jour en grande pompe, le 1er janvier 1860, la première émission de Nouvelle-Calédonie, imprimée par feuilles de 50 exemplaires, sur le même papier et avec la même encre que le Moniteur. Les timbres, mis en vente dans l’unique bureau de l’île, ne sont pas gommés au verso : un pot de colle et un pinceau sont mis à la disposition des usagers sur le guichet.

“Les Triquerat, comme les philatélistes les appellent aujourd’hui, ont connu une carrière très brève : le 17 septembre 1862, soit moins de trois ans après leur mise en service, ils cèdent la place aux Aigles, la première émission coloniale de France, fabriquée en métropole et diffusée dans toutes les possessions d’Outre-Mer.” précise Alexis Gerber. “Ces timbres sont particulièrement rares sur courrier ayant circulé. Neufs, ils ont une valeur moindre, mais restent très populaires auprès des philatélistes, notamment parce qu’ils peuvent être planchés, c’est-à-dire qu’on peut retrouver la place qu’occupait chaque timbre au sein de sa feuille d’origine. Certains essaient ainsi de réunir les 50 “types” permettant de reconstituer une planche entière.”

 


Alexis Gerber est le dirigeant de A. GERBER Philatélie, maison spécialisée dans les timbres des colonies françaises, des DOM-TOM et de  France.

A. GERBER Philatélie, 17 rue du Cornet, 28410 Saint Hubin de la Haye. Tél. : 02 37 65 93 52. Mail : info@agerberphilatelie.fr Site : https://agerberphilatelie.fr/

 

By | 2018-05-07T13:58:17+00:00 mai 3rd, 2018|Blog & Actus, Toutes les actualités|0 Comments