Chambre syndicale française des Négociants et Experts en Philatélie

Que savez-vous des oblitérations O.R. ?

oblitération o.r.

En partenariat avec Timbres Magazine, Alain Reboulot, de la maison La Poste du Village, nous initie aux secrets des oblitérations O.R (pour Origine Rurale).

Le 1er avril 1830 est instauré un nouveau dispositif dans les localités ne disposant pas d’un bureau de poste : le service postal rural. La principale innovation consiste en l’installation, à des emplacements stratégiques (ferme, hameau, moulin, écluse, château, etc.), de boîtes destinées à recevoir le courrier. Désormais, plus besoin pour les usagers de se rendre jusqu’au bourg le plus proche pour envoyer une lettre : ils peuvent se contenter de la déposer dans ces « boîtes rurales », sachant que celles-ci sont visitées à rythme régulier (tous les deux jours puis, à partir de 1853, quotidiennement). Pour effectuer ce travail, un tout nouveau corps de métier est créé : celui des facteurs ruraux, également appelés « piétons ». Au-delà de la levée du courrier, les « piétons » ont également pour mission de le distribuer à domicile. De plus, si jamais un habitant croise l’un d’eux au détour d’un chemin, il a la possibilité, sans plus de formalités, de lui confier directement toute lettre qu’il souhaite expédier.

« Facteur rural n’est pas, au XIXe siècle, un métier de tout repos. » souligne Alain Reboulot. « D’une part, parce que les tournées sont longues : au minimum cinq lieues, soit vingt kilomètres, le plus souvent sur des chemins tortueux et accidentés. D’autre part, parce que l’administration est particulièrement tatillonne. » En effet, celle-ci exige des facteurs qu’elle tamponne les lettres sitôt qu’ils les récupèrent… mais pas avec n’importe quel cachet ! Dans le cas d’un courrier récupéré dans une boîte rurale, il doit impérativement se servir du cachet contenu dans celle-ci, dont le motif diffère de celui des autres boites dont il a la charge (il s’agit, en général, d’une lettre majuscule de l’alphabet entourée par un cercle, correspondant au nom d’un lieu-dit). Dans le cas d’un courrier remis de la main à la main, il doit, en revanche, utiliser un cachet qu’il porte sur lui en permanence, dont le motif (un O et un R dans un cercle) signifie « Origine Rurale » et qui est strictement réservé à cet usage.

« L’objectif de cette réglementation est à la fois de sanctionner l’entrée d’une lettre dans le service postal et de lui assurer une certaine traçabilitéEn revanche, les cachets de facteur n’ont normalement pas pour fonction de servir à l’oblitération des timbres. Celle-ci n’est, en principe, effectuée qu’une fois la lettre arrivée au bureau de poste, selon les règles générales en vigueur (par une grille, des petits chiffres, etc.). » Mais, bien entendu, comme toute règle, celle-ci souffre des exceptions, pour le plus grand bonheur des philatélistes. Comment faire, en effet, lorsqu’un courrier est retiré d’une boîte ou remise en main propre à un facteur et que celui-ci peut le distribuer à l’occasion de la même tournée ? L’administration répond à cette question par la circulaire n°56 du 27 février 1851. Dans ce cas, et seulement dans ce cas, le timbre devra être annulé par le facteur rural au moyen du cachet OR, appliqué fortement aux deux angles de la figurine.

« Dans ce contexte, autant les lettres avec un cachet OR appliqué hors du timbre sont relativement courantes, autant celles avec le même cachet oblitérant le timbre peuvent être rares… surtout lorsque celui-ci est resté peu de temps en circulation. » C’est le cas du n°9 de France qui, émis le 3 décembre 1852 alors que la France est encore une république, disparaît progressivement de la circulation à partir de décembre 1853, date à laquelle est émise une valeur égale, mais avec la légende « Empire français ». On le trouve ici sur un courrier daté du 27 janvier 1854 de Saint-Georges-le-Gaultier, dans la Sarthe, pour le Bourg Neuf, un hameau dépendant de ce village. « Cette lettre est d’une qualité exceptionnelle » constate Alain Reboulot « Le facteur a en effet respecté au plus près les préconisations de la circulaire de 1851, avec deux cachets OR admirablement frappés aux angles supérieur gauche et inférieur droit du timbre. Un tel document ne se rencontre que rarement dans une carrière de négociant ! »


Alain Reboulot dirige La Poste du Village, maison spécialisée dans la marcophilie et l’histoire postale.

La Poste du village, 6, rue Edith Cawell, BP 10429, 35104 Rennes Cedex 3. Tél. : 02 99 79 27 02. Mail : posteduvillage@wanadoo.fr

By | 2018-05-09T11:12:57+00:00 mai 9th, 2018|Blog & Actus, Toutes les actualités|0 Comments